
- Armée
- Extrême droite
- Police
- Racisme/Xénophobie
- Ethno-différentialisme
- Islamophobie
- Nationalisme
Provenant du wolof, langue parlée au Sénégal et en Gambie, le mot « bougnoule » trouve sa racine dans le mot ñuul (« noir »), et n’avait au départ pas de connotation péjorative. D’abord utilisé pour désigner les Sénégalais qui effectuaient des tâches pénibles (corvées), il fut ensuite employé pour désigner des personnes originaires d’Afrique du Nord, de manière raciste et péjorative. L’usage et la normalisation de ce terme sont nés durant la période coloniale et se perpétuent de nos jours en tant qu’appellation raciste pour désigner les personnes d’origine maghrébine, les personnes noires, les personnes arabes, et parfois tout simplement des personnes racisées.
Utilisé par des racistes et des xénophobes, le mot « bougnoule » se multiplie dans plusieurs phrases de haine : « Dehors les bougnouls », « Les bougnouls dehors, ici on est chez nous », « Sale race, bougnoule dehors », jusqu’à « Mort aux bougnouls » écrit en 2023 devant un lycée.
Basée sur une étude de terrain réalisée dans les années 2000 au sein de l’armée française, Catherine Wihtol de Wenden explique dans son livre que la discrimination est d’abord ethnique. Mais elle procède souvent de l’amalgame entre « arabe », « musulman », « banlieues », exclusion, voire délinquance et terrorisme islamique, sans individualiser la personne. Les mots sont toujours les mêmes : « bougnoule », « chaoui », « boucaques », « bicots », « boulous » pour les Français d’origine maghrébine (et « pingouins » pour les femmes voilées), « nègres », « négros », « têtes de macaques », « singes » pour les Français d’origine subsaharienne, « chai » ou « mangeurs de poissons » pour les Noirs de Djibouti : « Il y avait un Black, métis un peu, et le patron l’appelait le singe… »
En 2019, l’affaire a pris une ampleur nationale lorsqu’un policier noir de Rouen, nommé Alex, a découvert un groupe WhatsApp où ses collègues échangeaient des messages audio à caractère raciste et antisémite. Cette révélation, publiée par Arte et Mediapart, a mis en lumière un racisme latent et largement répandu au sein de certaines unités de la police. Les propos tenus, comme l’utilisation récurrente des termes « bougnoules » et « nègres », montrent l’enracinement de ces pratiques racistes et discriminatoires au sein des forces de l’ordre.
En 2020, un agent a ainsi déclaré : « Quand on vous traite de bougnoule le premier jour de votre affectation, c’est qu’il y a un problème. » Un autre policier a même dénoncé le racisme et la maltraitance dans les rangs, en accusant ses collègues de recourir aux insultes racistes, au vol et à des comportements abusifs, notamment au sein du dépôt du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris, où des policiers ont été accusés de créer une atmosphère de terreur, entre blagues misogynes et propos racistes.
Un cas particulièrement choquant a été celui de dix policiers jugés par le tribunal correctionnel de Nancy pour des insultes racistes (dont « bougnoule ») et des faits de harcèlement moral à l’encontre de leurs collègues. « Elle criait au micro : “Debout les bougnoules et les négros, c’est fini de dormir.” » Affaire révélée par StreetPress en 2020, un policier a révélé des centaines de cas de maltraitance et de racisme dans les cellules du tribunal de Paris.
En 2023, devant le lycée Aragon-Picasso, des messages de haine ont été découverts par les équipes éducatives et les élèves : « Mort aux bougnoules », « Vive les blancs », avec la signature du GUD, organisation identitaire, raciste et xénophobe.
« On n’aime pas les bougnoules » : plus récemment, en 2024, une enquête a été ouverte concernant deux policiers accusés de violences et de propos racistes. L’enquête fait suite à des témoignages qui dénoncent un climat de violence et d’intolérance envers les personnes d’origine étrangère, alimenté par des comportements racistes persistants.
L’extrême droite radicale, que ce soit dans leurs actions ou sur les réseaux sociaux et Telegram, utilise sans aucune censure le mot raciste « bougnoule » pour injurier et dégrader les personnes racisées issues de l’immigration, pas seulement celles originaires d’Afrique du Nord, mais aussi celles du Proche-Orient.
- [ Wiki ]
- [ Linternaute ]
- [ Playback Press ]
- [ Cairn ]
- [ instagram ]
- [ X ]
- [ bfmtv ]
- [ streetpress ]
- [ francetvinfo ]
- [ liberation ]
- [ actu ]